Je ferme les yeux, et je vois les saxophones se déchaîner, traînant mon verre de champagne, observant la douce enfant adulée de la soirée, l'air ailleurs, éprise d'une musique insaisissable que nous souhaiterions tous nous approprier. Les cordes, les souffles, les harpes qui succèdent aux trompettes.
Et puis je me retrouve, cheveux nattés, bottines en daim, courant dans la forêt, en long débardeur blanc pour me jeter dans la cascade, puis m'abandonnant sur l'herbe, auprès de ces bêtes exotiques se relaxant à l'ombre des tipis.
Un clin d'oeil plus tard, j'ôte mon chapeau devant un sublime immeuble parisien, des chatons aux rubans de soie me saluent et m'offrent un rafraîchissement avant de me présenter la crème des dandys et un notaire octogénaire qui swingue en agitant les bras dans tous les sens (non il ne dansait pas l'électro, pas d'anachronisme).
Avant même d'avoir pu esquisser un sourire, je me retrouve dévêtue, avec des écailles aux pieds, les cheveux s'agitant au coeur d'un océan multicolore et parfumé, encerclée par des habitants de la mer tournoyant et riant au son d'airs entraînants.
Puis coup de foudre, des assiettes, des fourchettes, une pendule et un chandelier me souhaitent la bienvenue à leur petite soirée privée, me faisant déguster omelettes norvégiennes et romans à l'eau de rose. Dernière bouchée, un tour sur moi même, et la sublime robe d'or remplace mon slim et mon chemisier. Je ne suis plus dans mes divagations, mais au centre d'une gigantesque pièce aux moulures estomaquantes dont les murs sont recouverts de fresques angéliques, et tu te tiens droit devant moi, me tendant le bras, et je pourrais alors jurer que jamais mes rêves n'ont été aussi bleu.